Réconciliation avec la montagne

J’adore la randonnée …

Aujourd’hui j’ai voyagé ailleurs dans mon monde, un monde duquel je me suis éloigné récemment. J’avais reconnecté avec l’esprit d’une personne qui m’est chère et qui était ces derniers jours seule dans les montagnes. J’enviais sa clairvoyance, j’enviais son sens du détail, j’enviais son esprit ouvert. Aujourd’hui je l’ai vu volé son esprit comme un faucon pèlerin sur les cimes des montagnes de Haouaria. Alors que ma personne était comme toutes ces chèvres qui craignaient la solitude.

Ces derniers temps je n’ai fait qu’explorer de nouveaux horizons loin de ma solitude, je me suis ouvert et j’ai découvert que je m’amuse autant avec mes amis dans la nature que tout seul. J’apprends plus vite à dépasser mes peurs, je me trouve plus souvent dans de nouvelles situations, et je me déchaîne à fond. Aujourd’hui, j’avais redécouvert ce que je ratais: une clairvoyance sans égal, un “sens de sensibilité” très fin; chaque instant comptait, chaque pierre qui m’avait touché, chaque plante qui m’avait frôlait, chaque égratignure qui m’avait marqué, chaque goutte d’eau qui m’avait rafraîchi, et chaque animal qui m’avait rencontré. Dès les premiers pas, je pouvais sentir le parfum de Haouaria, puis au premier sommet, je me suis trouvé charmé par le paysage: un mariage entre mer et montagnes, d’immenses falaises et de vaste étendus d’eau. Cette montagne me comblait, je pourrai comparer sa beauté à la beauté des femmes, un charme éternel.

C’était par accident que je me suis trouvé seul, j’attendais un ami escaladeur qui vivait à l’étranger, qui venait passer les vacances, et qui était assoiffé par ce désir de découvrir son pays; j’avais même tracé un chemin assez difficile rien que pour lui, seulement il n’avait pas de chance, et c’est avec un peu d’amertume que je dis que la chance aujourd’hui était mienne. Le terrain était caillouteux comme toujours, quelques kilomètres de sentiers ont suffit pour que j’atteigne le phare; j’avais oublié que j’avais un rythme, j’avais oublié que je pouvais marcher n’importe ou, j’avais oublié que je pouvais marcher sans regarder en arrière. J’étais enfin l’invité. Je me sens tellement bien dans ces montagnes que je me sens dans mon royaume quand je suis accompagné, aujourd’hui, j’étais comme un étranger qui redécouvre l’immensité de son royaume.

Cette montagne m’avait offert ma première randonnée en solo, ainsi que mon premier camping, j’ai vécu une aventure à cette montagne et j’étais évacué par la garde nationale, on eu un charmant premier rendez-vous en nous baignant sous la pluie au pieds de cette montagne, j’ai même une douleur chronique au genou à cause de ses raides pentes. Je me suis dépassé plus d’une fois à cette montagne. Et je suis sûr qu’elle continuera toujours à m’émerveiller. Après le phare, les sentiers devenaient de moins au moins évidents, mais seul je pouvais me permettre de suivre les traces des chèvres. J’avais rencontré pour la première fois un hérisson de 30cm de longueur, il avait une petite tète et de très longue aiguilles, je suis resté le contempler, c’est l’un des moments ou tu regrettes ne pas avoir de caméra.

Plus tard, j’ai eu un moment de flirt avec une falaise, je voulais absolument dépasser tout ce que j’avais connu avant du “Cliff Jumping” mais sans succès. Je crois que je dois encore faire du repérage. Il faisait trop chaud aujourd’hui, heureusement que la montagne portait son chapeau blanc de nuages, j’avais enlevé mon tshirt dès les premiers kilomètres. Alors, j’avais envie d’enlever mon short et tout ce qui reste. C’était… c’était libérateur en quelque sorte. Mais j’avais peur pour mes organes génitaux quand je passais entre les buissons. C’était bizarre en fait, je me sentais comme un indien. Je me suis même mis une feuille de palmier nain pour essayer la sensation. C’était cool. J’ai fait peut etre deux cents mètres avant de trouver un coin pour me rafraîchir. L’eau était froide et claire, c’était magnifique et apaisant.

J’ai repéré ensuite de loin la voie que j’allais prendre pour traverser ces quelques centaines de mètres d’hauteur. Je savais que je serai forcé de faire de l’escalade pour passer par cette vallée, et l’idée m’enchantait. Il n’existait plus de sentiers, je sautillais de pierre en pierre, c’était amusant même pour les passages étroits, et quand j’ai commencé à prendre de l’altitude, j’ai trouvé un sentier très étroit, je l’ai suivi, jusqu’à une petite foret d’arbres.

Un son de pierres qui tombaient m’avait freiné, je pensais justement que c’était l’endroit parfait pour que des sangliers y vivent. J’ai monté doucement sur un rocher plus grand, je transpirais tellement que je pourrai dire que j’avais pris une douche de sueur, je voulais le repérer donc je n’ai pas bougé. La vision n’était pas claire, donc j’ai avancé vers la source du son, et quand j’ai levé la tête, j’ai trouvé des chèvres, encore des chèvres, elles sont partout. Alors j’ai monté vers elles, comme si elles essayaient de me montrer le chemin. Le premier mur n’a pas tardé à se montrer, je l’ai escaladait avec prudence même s’il n’était pas terrifiant. Et depuis j’ai continué à quatre pattes pour la plupart du trajet qui me restait, la pente était raide, mais je gagnais très vite de l’altitude. Sur mon chemin, j’avais trouvé un endroit idéal pour camper au dessus d’une falaise, je l’ai tout de suite mis sur la liste des cadeaux pour ma meilleur amie. Et j’ai continué.

Une fois au sommet, j’avais crié, j’étais tellement content. Je crois qu’en escalade, on dois s’abandonner à l’idée que la montagne n’est pas seulement ses chemins mais aussi ses sommets. Je n’y crois pas philosophiquement aux buts, je ne crois qu’aux choix. Pour moi, l’important c’est de tracer son chemin, pas d’atteindre des sommets.
Je pouvais voir des nuages de loin sur le sommet d’en face, mais je ne pouvais pas me permettre de descendre dans la vallée qui me sépare d’elle, je manquais d’eau. Alors j’ai pris le sud et je me suis dirigé vers le village le plus près.

J’ai mis du temps pour descendre vers le barrage “Tabouda”, il n’y avait pas de pistes, j’avais ensuite atterri dans un petit canyon que j’ai suivi jusqu’à l’oued. J’étais tellement content d’avoir vécu ces durs moments tout seul que j’ai réveillé cet être solitaire qui dormait en moi. Je me suis promis de ne plus rater une chance de faire un trek un solo, je me suis trop éloigné de moi même. Je regrette vraiment. Ma source d’inspiration, saches que j’ai repris mon corps, j’espère que t’avais senti ma présence aujourd’hui.

About the author: Ayoub Kacem

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