Une partie de la côte Tunisienne à vélo? Ça marque à vie… (2)

Pour ceux qui n’ont pas lu la partie 1, c’est par ici 🙂

[…] Je me suis réveillée tôt pour regarder le lever du soleil, quand je m’apprêtais à partir, j’ai rencontré les deux femmes du service de nettoyage, on a discuté un peu et ils ont fini par me recharger par leurs encouragements et meilleurs prières, ils m’avaient accompagné à la porte extérieure de l’hôtel, des frissons ont envahi mon corps face à leur sincérité et bienveillance.

Ce jour-là je me dirigeais vers Gabes, qui n’était qu’à seulement 54 km de Skhira et dès que j’ai atteint le gouvernorat de gabes je sentais un grand confort parce que cette région a un effet féérique sur tous ses visiteurs, on rencontrait dès les premières routes, les vendeurs ambulent des dates, de grenades, des figues séchées et du Lagmi qui rangeaient soigneusement leurs produits comme pour nous accueillir avec cet exposés de richesses extraordinaires.

Et puis les palmiers des oasis enlacent ton regard et ton esprit avec toutes sortes de fleurs et d’arbres fruitiers et ceux qui ne connaissent pas Gabès, pensant que c’est un endroit aride, là où les paysans y ont fait un paradis hors du commun.

L’un des vendeurs sur la route de Metouia m’a invité à prendre une pause, je me suis donc arrêtée. Il était un jeune homme dans les trentaines, il s’appelle Rhayem, quelqu’un d’hautes valeurs morales et une sourire éclatant, surpris de me voir vadrouiller toute seule, il m’a donné beaucoup de dattes et un verre de Lagmi frais et a dit que ça devrai booster mon énergie. Il m’a submergé par sa bonté m’a même demandé de repasser en reprendre des dattes sur le chemin du retour et m’a souhaité bonne chance et nous nous sommes quittés

Je suis arrivée à la ville de Gabes et j’avais l’intention de visiter un ami habitant l’oasis Sanini an Nahal qui m’a impressionné dans le dernier tour de sud avec mes amis… J’ai pris le même circuit que nous l’avons adopté précédemment pour aller de Gabes à Sanini et ce fut un magnifique parcours beaucoup de virages qui commencent et se terminent au milieu de denses forêts de palmiers, de henné et de grenade et beaucoup d’autres arbres fruitiers couronnés par des petits oiseaux.

J’ai finalement rencontré mon frère Abdel Nasser, nous avions déjeuné et rencontré un groupe d’amis dans le secteur associatif qui m’ont présenté leurs activités et projets que ce soit dans le tourisme ou l’environnement qui ont servi et mis au point leur région. J’ai passé la nuit à l’endroit où les volontaires venaient participer à leurs projets et j’étais très heureuse de discuter avec eux et de partager nos expériences.

Il est venu le jour «j» le dernier jour, le jour d’arrivée et qui était plus difficile à atteindre que prévu, en plus de la douleur sévère de mes genoux et mes muscles, mais le jour tant attendu, ce qui est le catalyseur qui m’a empêché d’abandonner.

La route reliant Gabès à El Jorf, là où je devais prendre le ferry pour l’île de Djerba, amusant au départ, mais au bout de quelques kilomètres après avoir traversé la ville de Mareth, c’est devenu peu difficile à cause de l’intensité du vent et surtout que je ne croisais plus personne sur la route déserte de nouveau, Je me retrouve alors seule et je fus surpris en traversant un endroit stérile pour une longue distance d’environ 40 km ceci sans être truffée ni de petites maisons ni de créatures de toute sorte, ça était très calme, j’entendais que les grincement du vent et les passages brusques des camions à côté de moi à une vitesse fulgurante, j’ai continué à ce rythme en contemplant la platitude de cet endroit, qui avait tendance à jaunir comme un désert sableux me faisant sentir un mélange de sentiments de peur et de l’aliénation et c’est à ce moment que je me rappelle de l’histoire d’une connaissance qui s’est fait cambriolé sur ce même chemin. Mais… j’ai essayé d’expulser ces pensées en écoutant de la musique qui m’a donné encore plus envie d’aller jusqu’au bout et de profiter en prenant le côté positif des choses.

J’ai commencé à croiser quelques locaux commerciaux et des vendeurs de gasoil au bout de deux heures à peu à peu, la vie a repris forme avec quelques passants et surtout quand j’ai fini par voir la mer de loin m’appelant et m’encourageant pour aller de l’avant…tout en moi est devenu désireux d’atteindre le but, même ma petite voix a repris les murmures en guise de chants, les yeux remplies de larmes…

A l’arrivée, je me suis installée dans la passerelle, et après une dizaine de minutes, dans une stupeur totale, j’ai enfin mis les pieds pour la première fois sur l’île de Djerba, c’était un sentiment difficile à décrire.. J’avais une grande envie de serrer dans mes bras la première personne que je croiserai…

J’ai vu une ligne de voitures qui attendaient leur tour pour monter dans le ferry et les gens autour de moi me regardaient les yeux confus, j’étais un être dont l’apparence est déchirée entre la misère et la fatigue, et mon vélo chargé de sacs n’a pas gardé la fraicheur du premier jour.

Ce jour-là l’aventure s’est terminée et le voyage de découverte de l’île a commencé toujours à vélo, je n’étais pas seule cette fois, mais avec beaucoup d’amis uniques et généreux qui ont beaucoup enrichi mon expérience.

Je suis reconnaissante envers tous, chaque sourire, chaque regard surpris, chaque klaxons de voiture, chaque félicitations, chaque invitation, chaque générosité, chaque prières pour moi, chaque soins, chaque question, chaque au revoir et chaque perle de pluie, ont été une véritable pousse à l’avant, quand je me sentais épuisée, démoralisée quand j’avais peur et quand j’étais anxieuse, m’ont donné l’énergie de pédaler encore et encore pour m’éloigner de mon état d’esprit…

Tout les gens que j’ai rencontrés avec toutes leurs habitudes, leurs croyances, leurs situations et leurs cultures… Toutes ces différences ne constituent pas un obstacle entre nous pour m’offrir ce sentiment noble à travers leurs yeux, leurs attitudes et leurs simples mouvements.

Parfois on ne trouve pas les mots face à moi tant d’amour de la part des personnes que je ne suis pas capables de savoir si je les reverrai un jour, j’ai compris ainsi que nous n’avons jamais besoin de changer les idées de ceux qui nous entourent pour vivre une vie meilleure, il suffit juste de leur partager son amour le plus sincère.

Je suis heureuse parce sur cette planète j’ai pu dessiner un sourire sur le visage d’un enfant innocent ou une femme fatiguée de sa journée ou un jeune dont les idées dispersées et désespérées ne lui ont pas empêché de regarder plus loin, je me suis sentie comme si j’ai traversé leurs esprits égarés comme une lueur de lumière et d’espoir.

La route n’est pas assez difficile pour exercer une extrême autonomie, mais ça m’a quand même permis de croire dans la positivité de la solitude et comment créer son bonheur sans dépendre de qui que ce soit ou attendre un miracle céleste pour changer le cours de ma vie.

Comme Gandhi a dit, “le vrai voyageur n’est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même”

– Remerciement infinie à ma sœur Hanen de m’avoir aidé à la traduction et la révision de cet article –

About the author: Rihab Gwayed

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